Prs Bruno Fautrel (hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris) et Jean Sibilia (CHU de Strasbourg)

Des nouvelles pistes thérapeutiques aux effets du Covid-19, que retenir de l’ACR ?

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Publié le 26/11/2020

Le congrès de l’American College of Rheumatology (ACR) s’est déroulé, cette année, virtuellement du 5 au 9 novembre avec une actualité très riche, notamment, sur l’impact du Covid-19 chez les patients souffrant de rhumatismes inflammatoires. De nombreuses pistes thérapeutiques ont été également présentées dans la polyarthrite rhumatoïde, les spondyloarthrites, vascularites et connectivites.

Crédit photo : DR

Tout d’abord, concernant la prise en charge de la polyarthrite rhumatoïde (PR), il faut viser la rémission plutôt que la faible activité dans la PR débutante. C'est ce que confirment de nouvelles données issues de la cohorte ESPOIR, portant sur 523 patients porteurs d’une PR débutante (ACR-EULAR) suivis pour plus de moitié d'entre eux sur 10 ans. Il y a un bénéfice significatif sur l’atteinte structurale et le handicap fonctionnel lorsque l’on vise la rémission précoce.

D’autres études, menées à partir de la cohorte prospective Nurse Health Study (I et II) ont rappelé l’importance d’une bonne hygiène de vie (régime alimentaire de type méditerranéen riche en fruits et en légumes, diminution de la viande rouge, activité physique régulière…) chez les sujets à risque de PR.

Un autre essai américain, utilisant les bases de données Medicare de 2006 à 2017, s’est intéressé au déclin cognitif observé dans la PR, probablement lié à un phénomène de neuro-inflammation. Les résultats montrent une diminution du risque de démence chez les patients sous biothérapies ou molécules ciblées, par rapport à ceux sous traitement de fond conventionnel.

Anti-JAK et anti-IL13 dans les spondyloarthrites

De nombreux essais avec les inhibiteurs de JAK (tofacitinib, filgotinib, upadacitinib) dans le rhumatisme psoriasique et la spondyloarthrite axiale ont été présentés. Une étude de phase II avec un nouvel inhibiteur sélectif de la tyrosine kinase 2 (le deucravacitinib) s’est également montrée concluante dans le rhumatisme psoriasique avec, à 16 semaines, une augmentation significative des réponses ACR 20 et ACR 50. Le guselkumab, inhibiteur de la sous-unité p19 de l’interleukine 23, déjà indiqué dans le psoriasis en plaques a confirmé son efficacité dans le rhumatisme psoriasique à un an (étude DISCOVER-2). Des données suggèrent aussi son efficacité dans l’atteinte axiale.

Enfin, les anti-cox2 (celecoxib) reviennent dans le traitement de la spondyloarthrite axiale. Une analyse de la cohorte allemande GESPIC avait pour objectif d’évaluer l’effet des AINS sur la progression radiographique rachidienne en distinguant les coxibs de tous les autres AINS. Les patients sous anti-Cox2 étaient ceux dont le score radiographique mSASSS progressait le moins.

Des résultats prometteurs dans les connectivites auto-immunes

Dans la maladie de Horton, le mavrilimumab (anticorps monoclonal anti-récepteur du GM-CSF α) a montré qu’il permettait d’obtenir une rémission prolongée à la semaine 26 chez 83,2 % des patients traités, versus 49,9 % des patients sous placebo. De plus, il était bien toléré. Ces résultats sont encourageants et ce nouvel anticorps monoclonal pourrait compléter l’arsenal thérapeutique, à côté des corticoïdes et du tocilizumab. Dans le lupus, de nombreuses nouveautés ont été évoquées : notamment l’iberdomide (en phase II) qui cible le protéasome et des biothérapies qui détruisent ou bloquent l’activité des cellules dendritiques plasmacytoïdes. Par ailleurs, le bélimumab, indiqué dans le lupus érythémateux systémique, a montré son efficacité (10 mg/kg par voie intra-veineuse) dans la néphrite lupique (étude BLISS-LN).

Intérêt du scanner double énergie dans la goutte  

La goutte augmente le risque de mortalité cardiovasculaire. Ce risque est encore plus important en présence de tophus clinique. Le scanner double énergie (DECT) permet une évaluation du volume de cristaux d’urate monosodique avant l’apparition du tophus. 128 patients souffrant de goutte ont ainsi été suivis par DECT pendant un à trois ans. L’uricémie et le volume de cristal en DECT étaient significativement associés à la mortalité. Le DECT est donc utile pour prédire la mortalité et la morbidité cardiovasculaire et permettre une prise en charge plus agressive avant même que les tophus soient visibles.

Enfin, l’étude FAST chez des patients goutteux à moindre risque cardiovasculaire que ceux de l’étude CARES, ont montré qu’avec le fébuxostat, il n’y avait pas de différence significative en termes de mortalité par rapport à l’allopurinol.

Covid-19 : données rassurantes pour les patients souffrant de MAIS

Deux grandes études américaines permettent d’évaluer la sévérité d’une infection par le SARS-Cov-2 chez les patients ayant des maladies systémiques inflammatoires auto-immunes (MAIS). Il semble que les patients atteints de MAIS fassent des infections SARS-Cov-2 plus sévères avec davantage d’hospitalisations en secteur médical ou en soins intensifs, d’insuffisances rénales aiguës, de recours à la dialyse et de thromboses veineuses, mais pas de surrisque de décès. Mais cette association était principalement due à la présence de comorbidités, non liées directement à une maladie auto-immune. Après ajustement, seuls les risques de thrombose veineuse et d’insuffisance rénale persistaient dans le groupe MAIS. Cela confirme le risque élevé de complications thromboemboliques liées au Covid-19. 

Christine Fallet

Source : lequotidiendumedecin.fr