LE PNNS 2 s’achève cette année. En dépit des progrès observés : diminution du surpoids et de l’obésité chez l’enfant (18 % en 2000, 16 % en 2007), augmentation de la consommation quotidienne de fruits et légumes chez l’adulte, sa reconduction « en l’état n’est pas souhaitable ». C’était en tout cas l’avis de
l’inspection générale des Affaires sociales (IGAS) en avril 2010. La direction générale de la Santé a donc décidé de lancer, en juin, une large consultation afin d’élaborer le nouveau programme national. Le colloque organisé aujourd’hui à Paris marque la fin du processus. « PNNS 2011-2015, quelles mesures, quelles actions ? Consultation pour de nouvelles propositions » : 500 participants, professionnels, associatifs, consommateurs, patients de tous les champs influencés par la nutrition sont conviés pour 6 sessions d’une heure présidées par le Pr Dominique Turck, président du comité d’élaboration du PNNS 2011-2015, en collaboration avec les Prs Arnaud Basdevant, à qui a été confié la mise en œuvre du plan Obésité, et Serge Hercberg, président du comité de pilotage du PNNS.
Sept thématiques.
Le nouveau PNNS, articulé avec le plan Obésité, devrait être finalisé à l’issue de cette ultime réunion. Parmi toutes les contributions, les travaux coordonnés par la Société française de Santé publique (SFSP), la Société française de pédiatrie (SFP), la Société française de nutrition (SFN) et la Société francophone nutrition clinique et métabolisme (SFNEP) devraient constituer un élément fort des discussions. Pas moins de 40 propositions ont été consignées dans un document remis au ministère de la Santé. Élaborées par 31 sociétés savantes et d’experts en nutrition (voir encadré), elles « ont été validées lors d’un séminaire que nous avons organisé les 16 et 17 septembre derniers à Marseille », explique le Dr François Bourdillon (SFSP), un des coordonnateurs. « Nous espérons qu’elles seront reprises dans le prochain PNNS. » Présentées sous forme de fiches, elles couvrent 7 grandes thématiques : gouvernance ; promotion de la santé ; communication, information et éducation ; repérage, dépistage et prise en charge des troubles nutritionnels de l’enfant ; repérage, dépistage et prise en charge des troubles nutritionnels de l’adulte ; les activités physiques et sportives ; évaluation et recherche.
La première proposition répond directement à l’avis de l’IGAS qui mettait en cause la gouvernance du PNNS. Elle préconise la création de 3 comités : un comité interministériel chargé de la mise en œuvre du programme et de son articulation avec les plans de santé publique (plan Obésité, plan Santé à l’école) et des plans à dimension non sanitaire (plan national Alimentation, Plan d’aide alimentaire, cohésion sociale ou encore développement durable) ; un comité de pilotage constitué de tous les acteurs impliqués dans le champ de la nutrition ; un comité scientifique pour notamment mettre en place des études d’impact sur les inégalités sociales de santé. L’application au niveau régional devrait être confiée aux ARS. Au niveau européen, alors que, toujours d’après l’IGAS, le PNNS « demeure un exemple et constitue une référence pour de nombreux pays étrangers », la France est peu représentée dans les différentes instances chargées des grandes orientations en matière de nutrition. « L’expertise doit être valorisée dans le cursus scientifique, hospitalier et universitaire », disent les sociétés savantes. Elles souhaitent une meilleure représentation des responsables du PNNS dans tous les travaux européens sur la nutrition.
Les experts rappellent que le PNNS est en France un des rares plans qui s’inscrive dans « une démarche de promotion de la santé », une démarche qui doit, selon eux, être poursuivie et renforcée notamment en mettant l’accent sur la réduction des inégalités sociales de santé. « La France est l’un des pays européens qui présente les plus fortes inégalités sociales en matière d’obésité et de diabète. La prévalence de l’obésité augmente régulièrement quand le niveau socio-économique diminue. Cette différence est davantage marquée chez les femmes que chez les hommes », soulignent-ils. La dernière enquête Obépi (2009) montrait une prévalence de l’obésité 4 fois plus élevée chez les adultes appartenant aux 10 % de foyers les plus pauvres que chez les 10 % les plus aisés. Et l’écart tend à se creuser.
Réguler la publicité.
En matière de communication, d’information et d’éducation, les auteurs souhaitent fournir aux consommateurs « une information fiable, simple et synthétique », notamment en créant un logo permettant d’identifier et de repérer facilement les aliments présentant un profil favorable à l’équilibre nutritionnel. De même, ils souhaitent que la publicité télévisée aux heures de grande écoute des enfants soit régulée et qu’un volume horaire minimum soit imposé pour la diffusion des campagnes nationales Nutrition Santé.
La promotion de l’allaitement maternel pendant les 6 premiers mois de la vie fait consensus. « Il n’y a pas eu débat. Dans les sociétés savantes, tout le monde considère que l’allaitement maternel apporte plus de bénéfices que l’allaitement artificiel », précise le Dr Bourdillon. Le document cite le moindre risque de diarrhées aiguës, d’otites aiguës, d’infections respiratoires sévères, d’asthme et d’eczéma chez les enfants à risque d’allergie, le risque diminué d’obésité, de surpoids, de maladie cœliaque, de maladies inflammatoires du tube digestif et de mort inattendue du nourrisson.
À noter aussi la prise en compte du manque de sommeil dans la survenue de l’obésité. Un temps de sommeil de moins de 6 heures par 24 heures « pourrait constituer un facteur de risque, jusqu’ici largement sous-estimé », notent les experts.
L’activité physique fait l’objet d’un volet particulier, avec notamment la création d’un dispositif individuel et personnalisé, le parcours activité physique-santé, et le développement de métiers d’éducateurs sportifs au sein des services du secteur sanitaire.
Sur le plan strictement médical, les mesures visent à mieux structurer le dépistage et la prise en charge du surpoids et de l’obésité chez l’enfant et chez l’adulte, à mieux définir le rôle du médecin de ville, à développer l’éducation thérapeutique du patient ou encore à mieux prendre en charge les troubles nutritionnels en établissement hospitalier.
CCAM technique : des trous dans la raquette des revalorisations
Dr Patrick Gasser (Avenir Spé) : « Mon but n’est pas de m’opposer à mes collègues médecins généralistes »
Congrès de la SNFMI 2024 : la médecine interne à la loupe
La nouvelle convention médicale publiée au Journal officiel, le G à 30 euros le 22 décembre 2024