UN GROUPE DE 15 experts représentant dix pays européens ont travaillé de conserve pour émettre des propositions et des recommandations sur le diagnostic et la prise en charge de la chondrocalcinose articulaire (CCA). La force de chaque recommandation a été évaluée par une échelle visuelle analogique spécifique établie par l’EULAR.
La première difficulté a concerné la terminologie qui apparaît très variable dans la littérature internationale. Les spécialistes ont finalement opté pour le terme « parapluie » de « dépôts de pyrophosphate de calcium » pour regrouper toutes les affections qui y sont liées : arthrites aiguës à cristaux de pyrophosphate de calcium, arthrose avec dépôts de pyrophosphate de calcium, arthrites inflammatoires associées à ces cristaux. En effet, la dénomination chondrocalcinose articulaire signifie seulement qu’il existe des calcifications dans les cartilages articulaires qui peuvent ne pas être en rapport avec des dépôts de pyrophosphate de calcium (origine mixte, oxalate de calcium…). Un consensus terminologique qui apparaît nécessaire pour que des experts d’origine et de langue différente examinent de façon rigoureuse les différentes études, mais qui ne supprimera vraisemblablement pas la dénomination habituelle en pratique clinique.
L’échographie a une très bonne valeur diagnostique.
Onze recommandations ont eu trait au diagnostic (signes cliniques, examen du liquide articulaire, imagerie, comorbidités et facteurs de risque). Il a ainsi été établi que le diagnostic définitif repose sur l’identification des cristaux de pyrophosphate de calcium dans le liquide articulaire (sensibilité : 0,95 ; spécificité : 0,86, rapport de vraisemblance [LR] : 7,09). Rappelons à cet égard que ces cristaux sont habituellement de forme parallélépipédique et faiblement ou pas biréfringents. L’apparition brutale de symptômes et de signes inflammatoires (tableau de pseudo-goutte), si elle peut suggérer fortement le diagnostic chez un sujet âgé, ne permet en effet pas de l’asseoir définitivement. Mais l’examen radiographique n’apparaît pas non plus si performant, n’étant ni très sensible (0,29), ni très spécifique (0,20 ; LR : 0,36). En revanche, l’échographie est dotée d’une excellente valeur diagnostique pour les articulations périphériques (sensibilité : 0,87 ; spécificité : 0,96 ; LR : 24,2 ; IC95 % 3,51-168,01).
Pas de surprise concernant la liste des facteurs de risque qui sont bien connus : l’âge élevé, l’arthrose, les affections métaboliques comme l’hyperparathyroïdie primaire, l’hémochromatose et l’hypomagnésémie. Quant aux formes familiales d’origine génétiques, elles sont très rares (voir encadré).
Traitements symptomatiques et préventifs.
Le chapitre thérapeutique a fait l’objet de neuf recommandations qu’il s’agisse du traitement général, du traitement des accès aigus, du traitement préventif ou de la prise en charge des formes chroniques. Là encore la tâche n’a pas été si simple en raison du peu d’études réalisées dans ce domaine. D’une façon générale, le traitement requiert un abord pharmacologique et non pharmacologique. En présence d’une arthrite aiguë due à des dépôts de pyrophosphate de calcium, les options incluent le glaçage de l’articulation, le repos articulaire, la ponction évacuatrice et l’injection de corticostéroïdes. Dans une optique de prévention ou pour les atteintes inflammatoires chroniques, les anti-inflammatoires par voie orale associés à un gastroprotecteur et/ou la colchicine à faible dose (0,5-1 mg/j) peuvent être utilisés.
Chez les patients ne répondant ni aux anti-inflammatoires non stéroïdiens, ni à la colchicine, une corticothérapie parentérale ou orale peut être proposée en cas d’arthrite aiguë. Les corticoïdes à faible dose, le méthotrexate et l’hydroxychloroquine sont aussi des options chez les patients ayant une atteinte inflammatoire chronique en rapport avec des dépôts de cristaux de pyrophosphate de calcium. Enfin, les experts ont bien rappelé que la chondrocalcinose asymptomatique ne nécessitait aucun traitement.
D’après les communications de W. Zhang (Royaume-Uni) et de T. Bardin (hôpital Lariboisière, Paris).
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