La rhumatologie française a vraiment émergé dans les années 1950, à Lariboisière avec le Pr Stanislas de Sèze qui s’intéressait plus particulièrement aux problèmes de colonne vertébrale, de sciatique… « Depuis une quinzaine d’années, on a l’impression que l’on s’intéresse beaucoup plus aux rhumatismes inflammatoires chroniques et aux maladies du système (qui représentent pourtant moins de 10 % des consultations) qu’aux pathologies de l’appareil locomoteur », déclare le Pr Yves Maugars. De plus, contrairement à une idée reçue, les rhumatismes inflammatoires ne sont plus les pathologies les plus sévères prises en charge par les rhumatologues. Des études montrent que les pathologies mécaniques ont un retentissement fonctionnel important et sont plus douloureuses et invalidantes que les rhumatismes inflammatoires.
Selon une étude menée il y a quelques années en rhumatologie libérale, le premier motif de consultation était le rachis mécanique (42 %), suivi par le genou dégénératif (13 %) et les pathologies tendineuses (12 %).
Ainsi, en France les champs d’intérêts et de compétence du rhumatologue sont beaucoup plus larges que dans d’autres pays. « En Angleterre, par exemple, les 500 rhumatologues s’occupent des rhumatismes inflammatoires alors que les pathologies rachidiennes sont prises en charge par les chirurgiens orthopédistes et les rééducateurs », souligne le Pr Yves Maugars.
L’apport de l’échographie interventionnelle
On parle beaucoup des biothérapies, mais il ne faut pas oublier une autre grande révolution en rhumatologie qui est le développement de l’échographie.
L’échographie a bouleversé la spécialité, tant pour le diagnostic des pathologies de l’appareil locomoteur que comme moyen de guidage pour des procédures interventionnelles. L’utilisation de l’échographie en pratique quotidienne a permis d’accroître le nombre de gestes pouvant être réalisés par le rhumatologue au cabinet médical, avec un gain en termes d’efficacité. « Cette évolution a été facilitée par la mise en place de formations diplômantes, notamment à Nantes », précise le Pr Yves Maugars qui est également président de la SIRIS (Section imagerie et rhumatologie interventionnelle de la Société française de rhumatologie).
Nouveaux traitements dans les pathologies dégénératives
«Enfin, comme dans les rhumatismes inflammatoires il y a quelques années avec l’arrivée des biothérapies, nous sommes aujourd’hui à l’aube de la même révolution dans les pathologies mécaniques avec l’arrivée des cellules souches », déclare le Pr Yves Maugars. De nombreuses études sont en cours pour régénérer le cartilage, particulièrement dans la gonarthrose. Une nouvelle technique avec des nanoréservoirs contenant des cellules souches permettant la régénération de l’os ainsi que des facteurs de croissance pour régénérer le cartilage est notamment testée.
Le projet européen ADIPOA vise également à valider un nouveau concept de traitement basé sur la thérapie cellulaire : une bioinfiltration de cellules souches adipocytaires, prélevées par lipoaspiration, dans le tissu adipeux du patient, pour le traitement de l'arthrose.
On peut aussi citer le projet RESPINE, avec injection de cellules souches dans le disque intervertébral dégénérant qui est en cours à Nantes et Montpellier.
Les rhumatologues français, grâce à leur expertise dans les pathologies mécaniques et à leur compétence à réaliser des injections ciblées au sein de structures articulaires et para-articulaires, pourront répondre à cette nouvelle offre de soins et à la demande des patients.
CCAM technique : des trous dans la raquette des revalorisations
Dr Patrick Gasser (Avenir Spé) : « Mon but n’est pas de m’opposer à mes collègues médecins généralistes »
Congrès de la SNFMI 2024 : la médecine interne à la loupe
La nouvelle convention médicale publiée au Journal officiel, le G à 30 euros le 22 décembre 2024