Le Généraliste Les médecins semblent voir en internet un des artisans majeurs de la transformation des patients ? Cela vous surprend ?
Carole Deccache. Je ne suis pas du tout surprise, au contraire. Internet a pris de l’importance dans tous les domaines. Il aurait été étonnant que la santé y échappe : plus d’un Français sur deux a déjà fait des recherches internet sur la santé. Parallèlement, les applis santé se développent. Et on voit ce mouvement s’accompagner d’une production légale de la CNIL, de l’Ordre, de la HAS.
Dans le même temps, le nombre de publications scientifiques sur l’internet santé a été multiplié par deux en dix ans. Après le web initial 1.0 qui n’autorisait que des recherches, le web social 2.0 a permis l’échange entre patients, avec l’essor d’une nouvelle génération qui utilise facilement internet. Et le 3.0 va encore faciliter les choses puisqu’il permet de retenir une recherche initiale et d’en proposer d’autres en rapport. Même s’il ne faut pas oublier que la fracture numérique concerne deux personnes sur dix.
Que vont chercher les patients aujourd’hui sur internet en matière de santé ?
C. D. Cela dépend de quel patient on parle, s’il a une maladie aiguë ou chronique, et beaucoup du moment où il se trouve dans le parcours de soins. Par exemple, au stade du diagnostic, avant d’aller voir un médecin, le patient va sur internet pour se renseigner afin d’évaluer la gravité et la nécessité de consulter un médecin. Cette recherche lui permet de mieux maîtriser la problématique de santé et d’améliorer sa compréhension.
Après le diagnostic, cela permettra aussi à un patient de mieux comprendre le traitement prescrit et ainsi de donner son accord ou de rechercher les alternatives possibles, quitte à solliciter par ce moyen un deuxième avis, comme en cas de mastectomie bilatérale. On peut dire qu’à tous les stades, cela rend le patient plus actif dans la gestion de sa santé.
Concernant ces informations glanées sur internet, les médecins de notre enquête se montrent, dans leur majorité, assez négatifs…
C. D. Ces réactions m’étonnent. C’est comme si, dès lors que le patient devenait actif, cela devenait un problème. Internet est une occasion pour le patient d’acquérir des connaissances. On est dans une société où l’on responsabilise très fort les patients. La recherche sur internet témoigne que les patients participent à la gestion de leur état de santé. Bien entendu, il y a des sites plus ou moins fiables. Ainsi, l’enjeu pour les soignants, c’est d’arriver à comprendre ce que cherchent les patients et surtout ce qu’ils font de ces informations, leur niveau de croyance dans les infos recueillies. Le médecin peut aider son patient à faire le tri. Certaines études ont montré qu’une partie, après avoir cherché des informations sur internet, demandent conseil et suivent l’avis de leur médecin. Les médecins ont en face d’eux des patients qui ont envie de savoir, de s’impliquer dans la gestion de leur santé. Et cette motivation est à exploiter.
*Psychologue, chargée de recherche au Laboratoire Éducations et Pratiques de Santé (LEPS), Université Paris 13.
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