Prise en charge de l’arthrose

Des recommandations à la pratique

Publié le 17/10/2013
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On considère actuellement que l’arthrose n’est pas seulement une pathologie du cartilage mais concerne toute l’articulation et son environnement englobant le tissu synovial, l’os sous-chondral, les structures abarticulaires comme les tissus musculotendineux et les ligaments. Le traitement ne doit pas cibler seulement le cartilage : un certain nombre d’essais thérapeutiques en cours explorent donc l’os sous-chondral, les voies de la douleur et le tissu synovial.

On dispose d’un certain nombre de recommandations nationales et internationales, comme celles de l’OARSI (Osteoarthritis Research Society International) et de l’EULAR (European League Against Rheumatis). Leur mise à jour va tenir compte des données récentes confirmant que le paracétamol est très peu actif, que les AINS sont efficaces mais au prix d’une iatrogénie limitant leur utilisation au long cours, et que les antiarthrosiques d’action lente, s’ils sont dépourvus d’effets indésirables ont un impact symptomatique modeste ; infiltrations d’acide hyaluronique et de corticoïdes complètent cet arsenal thérapeutique. Aucune nouveauté thérapeutique marquante ne semble émerger dans l’arthrose : le ranélate de strontium dont les résultats semblaient prometteurs étant incriminé dans des complications cardio-vasculaires et les anti-NFG, efficaces sur la douleur, s’associant à une augmentation des recours à la prothèse, y compris sur les articulations non symptomatiques et non portantes.

À côté du traitement pharmacologique combinant les différentes molécules dont nous disposons, l’accent est mis actuellement sur la prise en charge non pharmacologique de l’arthrose dont l’objectif est essentiellement de stabiliser l’articulation et d’éviter l’enraidissement ; son efficacité est comparable à celle des thérapeutiques médicamenteuses mais sans exposer les patients à des effets indésirables. "Dans cette maladie chronique non mortelle altérant le pronostic fonctionnel, nous devons obtenir la participation active du patient d’où l’importance de l’éducation thérapeutique pour améliorer la compliance au traitement et finalement mieux encadrer la période périprothétique quand cela est nécessaire" souligne le Pr François Rannou.

À la recherche de nouveaux biomarqueurs

Divers travaux cherchent à identifier des biomarqueurs susceptibles d’aider au diagnostic, de donner des arguments pronostiques et de suivre l’effet du traitement. "L’idéal serait de disposer de biomarqueurs prédictifs du risque d’arthrose pour repérer les personnes à risque potentiel afin de les prendre en charge plus tôt" poursuit le spécialiste. "Il est en effet vraisemblable que l’arthrose évolue déjà depuis un moment lorsqu’elle devient symptomatique, ce qui pourrait expliquer l’absence d’effet structurel des traitements". Le biomarqueur le plus connu est le CTX-II (C-terminal telopeptides of collagen type II), reflet de la dégradation du collagène de type 2, mais il n’a pas d’intérêt au niveau du risque individuel et n’est utilisé que pour les essais cliniques et à la recherche. L’IRM pourrait être le prochain biomarqueur d’intérêt.

D’après un entretien avec le Pr François Rannou, Service de Médecine physique et de réadaptation, Hôpital Cochin, INSERM U747, Université Paris Descartes

 Dr Maia Bovard-Gouffrant

Source : Le Quotidien du Médecin: 9272